SCH Valentin Bury
À l’automne, l’ensemble du groupe se retrouve dans la vallée du Yosemite. Entre fissures mythiques et big walls, cette aventure collective est autant l’occasion de se confronter aux lignes légendaires que d’apprendre à se connaître, de partager l’expérience et de renforcer la dynamique de groupe.
Le 21 octobre, nous décollons pour San Francisco afin de rejoindre la vallée du Yosemite qui attise en chacun de nous la volonté de gravir les faces mythiques que je découvre et que d’autres se remémorent.
Les premiers jours sont consacrés à l’appréhension d’un style d’escalade et d’un système de cotation plutôt rude pour nous autres Européens, mais marquant clairement notre arrivée au pays de la fissure. Ces fissures que nous nous efforçons d’apprivoiser : à doigts, à mains, à poings, puis les offwidths et cheminées, si caractéristiques de la vallée, afin d’espérer nous frotter aux projets à venir. Léo en profite pour enchaîner, entre autres, Book of Hate, un 5.13b (8b), dans un style très particulier, le stem, avec les pieds de chaque côté d’un dièdre lisse et déversant et qui lui sera bien utile pour son projet à venir.
Bien adaptés au décalage horaire, Amaury et Clovis se lancent le défi de gravir le Half Dome par la Regular NW Route à la journée. Départ à 5 h du parking, les 800 m d’approche sont avalés en 1 h 30 pour attaquer la première longueur à l’aube et sortir de la dernière à 14 h, soit 7 h dans la voie… C’est express. Quelques jours plus tard, c’est à mon tour, avec Konrad, de m’y frotter. Initialement prévue avec une nuit dans la face, l’ascension est finalement envisagée à la journée, galvanisés par le retour de l’autre cordée. Pour nous, ce sera bivouac au pied et 14 h dans la voie, avec une sortie de nuit. C’est moins express, mais pas moins riche en expérience, et j’ai le plaisir de voir le soleil se coucher pendant ma traversée de la fameuse Thank God Ledge.
Les projets phares du séjour se rapprochent : trois cordées s’attaquent à El Capitan.
Amaury, Clovis et Clément commencent par une voie d’escalade artificielle peu répétée et exigeante. Leur choix se porte sur Neptune, dans la face sud-est. C’est avec étonnement qu’ils apprennent qu’elle a été parcourue deux fois les semaines précédentes. Leur aventure débute alors par une sorte de jeu de piste à travers la vallée afin de récolter des informations, et surtout de trouver un crochet qui semble indispensable pour l’une des longueurs terminales. La recherche reste infructueuse : l’aventure demeure totale. Réussiront-ils malgré tout ?
Sept jours sont initialement estimés. Les trois premiers se déroulent sans encombre, ou presque : Amaury fait les frais d’un petit vol de 25 m avant de repartir et d’enchaîner une longueur d’A4. Au quatrième jour, après une longueur d’A3 pour Clovis, le mauvais temps impose une journée de repos forcé dans le portaledge, probablement synonyme d’un jour supplémentaire dans le mur. Finalement, après deux autres longues journées, ils sortent au sommet le samedi 8 novembre, au début de la nuit : 6,8 jours d’engagement et ce crochet n’était pas aussi utile à priori.
Ensuite, Vivien, Konrad et moi jetons notre dévolu sur une voie comportant des longueurs à notre niveau, et d’autres trop dures que nous devons sortir en artif : Salathé Wall. Après avoir monté le matériel de bivouac sur les premières vires, à 300 m du sol, nous attaquons le Freeblast le jeudi 6 novembre, le plus tôt possible car la veille, près d’une dizaine de cordées hissaient déjà, et nous voulons éviter d’être bloqués dans la foule. Je tombe dans la dalle en 5.11a, m’arrache les doigts sous les yeux d’Alex Honnold l’ayant parcouru en solo. Malgré tout le Freeblast est parcouru assez rapidement ; l’espoir de sortir plus vite que prévu du mur est permis.
Nous découvrons ensuite la vie des big walls : gestion des cordes, montage du ledge et hissage. Ce dernier nous remet vite les pieds sur terre : les sacs sont lourds et le hissage demande beaucoup de temps et d’énergie. Heureusement, chacun a droit à son lot de longueurs « faciles », mais marquantes pour se réconforter : des cheminées ou offwidths où chaque centimètre gagné est une victoire. Une fois n’est pas coutume, je grimpe de nouveau au coucher du soleil, dans le magnifique Enduro Corner, et je laisse les trois longueurs nous séparant du long ledge à Konrad, qu’il gravie de nuit en artif. A 2h du matin nous en terminons, décidément aucune journée ne se terminera de jour, sauf la sortie le lendemain à midi après 3.5 jours.
Léo et Jordi choisissent le libre dans Pre-Muir Wall. Plus expérimentés, ils savent qu’il faut être légers pour aller vite. Ils déposent donc de l’eau au sommet et emportent le strict nécessaire, ce qui impose de grimper rapidement, sans trop de marge à l’erreur. Nous les croisons à Heart Ledge le premier jour, et j’apprends que Jordi n’a pas enchaîné l’une des longueurs. Il consacre alors toute son énergie et sa bonne humeur à la réussite de Léo, sur qui reposent les derniers espoirs, mais qui se montre en forme olympique. Comme à son habitude depuis le début du séjour, il engloutit les longueurs aussi vite que les bagels au houmous. C’est sous une chaleur accablante qu’il enchainera la longueur Stem en 5.13c pour laquelle il s’était préparé. Le dernier jour, ils dépassent Amity Warme, présente dans le mur depuis plusieurs jours déjà. Léo profite des protections en place pour parcourir directement la dernière difficulté et ils laissent alors leurs vivres restants à Amity pour filer vers le sommet.
Tout le monde est redescendu du mur le dimanche. La fatigue est bien présente, mais il ne reste que trois jours, que chacun met à profit pour savourer les derniers instants. J’aurais aimé accompagner Clovis, Amaury et Vivien dans Astroman, mais le mur m’a laissé quelques traces, m’obligeant à rester dans du facile. Il faudra revenir. L’apprentissage acquis au cours de ce séjour sera très utile pour mes projets dans les Alpes. Désormais, je veux revenir… plus fort.















