Annapurna : Face sud en style alpin – 8091 m

Présentation :

Pays : Népal
Région : Annapurna.
Accès : Depuis Kathmandu, un vol interne conduit à Pokhara. Quelques kilomètres de route en 4*4 amènent au village de Ghandruk d’où part le trekking pour le camp de base (3 jours de marche).

Programme :
21 Août : Décollage de Genève pour Kathmandou.
28 Août : Début de l’acclimatation dans le Mustang à partir de Lo Mantang.
9 septembre : Fin de la première partie de l’acclimatation et retour sur Pokhara.
15 Septembre : Arrivée au camp de base de l’Annapurna et poursuite de l’acclimatation.
25 septembre au 18 octobre : Fenêtre pour l’ascension de la face sud de l’Annapurna.
19 Octobre : Retour sur Kathmandou.
22 octobre : Retour en France.

Objectif :
Quelques voies d’ampleur parcourent déjà la face Sud de l’Annapurna I, ouvertes pour la plupart en style Himalayen. Seules deux ouvertures en style alpin, version plus extrême et engagée de l’himalayisme, sont recensées en face Sud.
L’objectif principal de l’expédition est d’ouvrir, en style alpin, une voie sur l’éperon Japonais.
Le Groupe Militaire de Haute Montagne prévoit de se scinder en une équipe de quatre alpinistes et une équipe de trois alpinistes. La seconde équipe tentera un sommet de moindre ampleur dans le cadre de la formation des nouveaux membres.
Evidemment les conditions dicteront le choix de l’itinéraire et de la tactique d’ascension.
La combinaison d’une grande difficulté technique et de conditions météorologiques locales très compliquées représente le principal facteur d’échec dans cette face. Sa situation géographique dans la chaine Himalayenne fait qu’elle est exposée régulièrement à d’importantes précipitations neigeuses empêchant toute progression et déclenchant des avalanches de grande envergure.

++++

L’équipe :

Les membres de l'expédition

– Commandant Jean-Yves Igonenc : Chef d’expédition.
– Capitaine Pierre Sancier : équipe formation haute altitude.
– Capitaine Didier Jourdain : équipe formation haute altitude.
– Adjudant Sébastien Moatti : équipe Annapurna.
– Sergent-chef Cyril Duchene (EMHM) : équipe formation haute altitude.
– Caporal-chef Sébastien Ratel : équipe Annapurna.
– Caporal Antoine Bletton : équipe Annapurna.
– Chasseur de 1ère Classe Max Bonniot : équipe Annapurna.
– Médecin en chef Valentine Malavoy (CMA).

préparation

Introduction :

Les membres de l’équipe Annapurna se sont entraînés spécifiquement depuis un an en appliquant un nouveau protocole destiné à les rendre plus performants en haute altitude.
Ils ont combiné entraînement physique, mental et suivi de la nutrition tout en cherchant à améliorer leur savoir-faire technique afin de faire face aux difficultés de la déesse de l’Abondance (Annapurna).
Suivi par un préparateur physique et un coach mental pendant toute cette année, le GMHM tente de mettre en place une façon différente d’aborder les objectifs de grande envergure en haute altitude.
Leur connaissance mutuelle, leur expérience de la haute altitude ajoutées à cet entraînement très poussé, en font une équipe extrêmement soudée et mature pour affronter l’extrême en gérant au mieux les risques.

Retrouvez dans le sommaire la parole des intéressés : Karine Édouard, Sébastien Bourgeon et Laurent Buttafoghi. Ils expliquent leur collaboration avec le GMHM.

++++

L’entaînement mental par Karine Édouard

CHERCHEURS DE SENS :

Un voyage de mille lieues commence toujours par un premier pas.*

Ma rencontre avec le GMHM se fait en janvier 2012 grâce au caporal-chef Sébastien Ratel, qui était venu me consulter pour un projet personnel dans le cadre de ma profession : entraîneur mental et conceptrice de stratégie d’entraînement pour des sportifs de haut niveau (équipes internationales).
En mai 2013, Sébastien est venu me voir avec un nouveau projet en tête : mettre en place une stratégie globale d’entraînement (préparation physique, nutrition, entraînement mental, etc…..) pour le groupe GMHM en vue d’une ouverture de voie en style alpin en Himalaya. Sébastien m’a exposé ses vues et demandes concernant la préparation de cette ascension en haute altitude. Je lui ai demandé un temps de réflexion de façon à entrapercevoir tous les paramètres.
Il est vrai que les arguments de Sébastien ont pesé très fortement dans la décision : « Tu sais ce que c’est de souffrir ? Tu sais ce que c’est de se dépasser, tu sais ce qu’est l’entraînement dans tous les sens du terme et ce que cela implique…alors tu sais ce que nous vivons et ce dont nous avons besoin… ».
Début août 2014, nous avons pu commencer ce travail de fond.

Je me suis entourée de professionnels pour mettre en place un entraînement adéquat
Laurent Buttafoghi (préparation physique et nutrition), Sébastien Bourgeon (ostéopathe), Pierre et Sarah Jaubert (nutrition) et Grégoire Millet (recherche préparation physique et haute altitude).
Nous avons travaillé en collaboration avec l’Armée, les médecins militaires, l’ENSA et Bruno Clément directeur de l’office du tourisme des Saisies qui nous a ouvert les portes du centre Le Signal et leur salle hypoxie.
Je tiens à les remercier pour leur professionnalisme et leur engouement pour ce projet.

Aucun de nous ne sait ce que nous savons tous ensemble.*

Chacun, des membres du GMHM, a joué un rôle important : Caporal-chef Sébastien Ratel, Chasseur Max Bonniot, Adjudant Sébastien Moatti, Caporal Antoine Bletton, Capitaine Didier Jourdain, pour le travail « expédition Annapurna » ; Adjudant-chef Sébastien Bohin, Adjudant Arnaud Bayol, M. Dimitri Munoz et Capitaine Pierre Sancier pour leurs conseils précieux. Le GMHM est un groupe et là est toute sa force.

Être conscient de la difficulté permet de l’éviter.*

Nous avons abordé tous les paramètres liés la montagne (en RDV individuel, en binôme, en groupe) : l’exigence, la concentration, la mort, les blessures, le surpassement, les peurs, la cohésion, le sens, les rapports humains, l’ego, etc…
Pas de place pour l’optimisme, le pessimisme, la fausse pudeur… le maître mot : RÉALISME
Un autre point important, qui est l’une des bases de ma méthode, c’est la connaissance et l’apprentissage de notre réel fonctionnement physiologique et mental, ne pas laisser la place à de fausses croyances acquises durant l’existence.
Apprendre à vivre nos émotions et non les ranger (notre mental ne peux être dissocié de notre physique et vice versa, chacun est en permanence en travail et en réaction avec l’autre).

Celui qui connaît l’autre est sage, celui qui se connaît lui-même est éclairé.*

La mission du GMHM : « occuper au profit de l’armée de Terre le créneau de la maîtrise par l’homme des conditions extrêmes en milieu terrestre ». C’est aussi expérimenter, transmettre, tester…
Le choix de mettre en place des nouveaux modes d’entraînement (physique, mental, etc…), sont en parfaite adéquation avec les missions du groupe.
Il est difficile d’aller chercher ses limites, le surpassement sans une parfaite connaissance de soi.

« Tout ce qui ne nous tue pas, nous rend plus fort » – Frédéric Nietzsche
Nos choix déterminent le travail à mettre en place : plus les objectifs sont hauts, plus l’exigence dans l’entraînement est forte.

Le but n’est pas seulement le but, mais le chemin qui y conduit.*

L’accompagnement et le travail avec une personne est un partage, une aventure. Ouvrir une voie dans le sens propre comme au figuré prend tout son sens ici.
Être doué est un don, pour autant cela n’est pas suffisant. Le travail, l’abnégation, l’humilité face à la nature, l’effort, l’entraînement amène une autre dimension à la recherche de Soi
L’ego n’est pas ici le moteur, mais la fierté du travail accompli, les moyens que l’on se donne pour y arriver, l’effort constant… C’est le moteur des membres du groupe et les valeurs que nous partageons.

L’homme qui ne tente rien ne se trompe qu’une fois.*


Tous mes vœux les accompagnent pour ce voyage.
Il leur a fallu un courage immense pour changer leurs manières de travailler Merci pour votre confiance, votre travail et tous ces moments vécus et à vivre ensemble.

Avoir un but trace la voie.*
*Lao Tseu

++++

Le suivi ostéopathique de Sébastien Bourgeon

Mon travail a été dans un premier temps d’établir un état des lieux.

Quatre phases ont été nécessaires :
1. La première phase se compose de tests ostéopathiques me permettant de révéler l’ensemble des micro-restrictions ostéo-articulaires, viscérales et crâniennes que le patient a le jour du bilan. Par la suite, ces restrictions ont été mises en balance pour déterminer le schéma dysfonctionnel du patient. Il faut préciser que ce n’est pas parce qu’il y a des micro-restrictions de mobilités (dysfonction ostéopathique) qu’il y a douleur. Mais nous avons un amoindrissement des fonctions du corps. Il n’est pas dans un équilibre optimal et avec le temps, des problèmes peuvent survenir par décompensions. Hors, notre objectif est de permettre au groupe de bénéficier pleinement de ses capacités fonctionnelles, physiologiques et mentales.
2. La deuxième phase de test me permet d’un point de vue ostéopathique de percevoir s’il y a un dysfonctionnement du Système Nerveux Autonome (tout ce que nous ne gérons pas de manière volontaire en ce qui concerne notre système nerveux). Cela peut mettre en évidence un déséquilibre entre le système ortho et parasympathique pouvant impliquer un état de fatigue physique ou mental du patient.
3. La troisième phase est basée sur des tests provenant de la médecine traditionnelle Chinoise par la palpation des pouls et l’observation de la langue. Ils nous donnent un aperçu de ce qui se passe dans le corps du patient, donc de me conforter dans mes tests ostéopathiques et de m’apporter d’autres informations
4. La dernière phase se base sur de multiples questions balayant leurs habitudes de vie et leurs antécédents médicaux.
L’ensemble des données me permet d’établir une image, un schéma dans lequel se trouve le patient au moment où le bilan a été fait. D’un bilan à un autre, je peux constater l’évolution.

Phase de traitement :

Une fois le bilan avec le schéma dysfonctionnel mis en évidence, je vais pouvoir intervenir de manière adaptée en prenant en compte les objectifs du groupe, leurs missions intermédiaires, leurs agendas, les saisons climatiques, leurs états de fatigue, le délai avant leur départ. A partir de traitements en ostéopathie, en digitoponcture et de conseils, je vais amener le patient dans un équilibre dynamique de santé qui lui permettra de supporter les charges et les intensités de travail qu’il subit dans sa préparation, et lui permettra dans le temps d’accomplir dans les meilleures conditions, ses objectifs. Un traitement totalement adapté et individualisé.

Cette approche fait partie d’une globalité avec le travail mental, la préparation physique et les conseils d’orientation alimentaire. Il prend un véritable intérêt et une toute autre dimension grâce à ce triptyque. Il est intéressant de noter que certains schémas ou informations que j’ai pu relever ont été confirmés par Karine et Laurent dans leurs domaines respectifs.

++++

La préparation physique par Laurent Buttafoghi

Le projet proposé était d’envergure, nos expériences du très haut niveau et notre étroite collaboration avec Karine nous ont permis de proposer un travail basé sur la transversalité des connaissances. Peu de choses ont été faites autour de la préparation de l’extrême dans l’altitude des 8 000 m. La page devant nous est encore vierge.
Dans ce contexte, l’expérience est belle à vivre. Mais, comment « rentrer » dans le fonctionnement d’un groupe d’alpiniste de « haut niveau » très spécifique, constitué de « stratégies » bien établies, construites par leur confrontation en situation réelle (forte influence émotionnelle) garant de leur « sécurité » mentale et physique ?

Mon travail a d’abord été d’écouter, de comprendre pour structurer l’existant et construire un nouveau « commun ».

Avant d’agir face à cette problématique, se poser quelques questions :

-Comment le groupe se prépare-t-il ? Acte fondamental de mon approche : partir de ce qui existe pour avancer.
-Quels sont les facteurs limitant que chacun a identifié comme éléments à faire évoluer dans sa préparation et dans celle du groupe ?
-Quelles sont les données existantes sur la problématique de l’effort au-dessus de 8 000 m pouvant nous aider à construire une stratégie « simple» sur le terrain, apportant du sens à l’approche de chacun et à la construction de notre nouvelle stratégie ?
-Quels sont les éléments fondamentaux auxquels il ne faudra pas toucher, trop proches de leur structure fondamentale de préparation ? Hors cadre « théorique » et « logique ».

Pour cela, j’ai essayé de sentir la personnalité et le mode de fonctionnement de chacun, respecter, tenir compte des acquis construit sur l’expérience. L’action sur le mental doit être positive (balance changement-stabilisation-confrontation au nouveau) : faire évoluer les repères, en rentrant dans les demandes, projet personnel, rester adaptatif, créer du sens dans l’entraînement.

Pour résumer les axes apparus par cette première approche : partir du terrain, de l’expérience vécue ; donner des repères à l’expérience par un apport technique et scientifique ; travailler sur les facteurs limitant perçus et déterminés.

Voici les facteurs perçus dominants : le rendement musculaire, la diminution de la satO2 à très haute altitude, la nutrition à l’effort avant et pendant l’expédition, le contrôle de la fatigue sur la phase de préparation et sur la phase de pré-expédition, le planning de la préparation, le contrôle du volume musculaire et les échanges gazeux à l’effort, la force mentale.

Ceux-ci ont été les soubassements de notre programmation depuis mars 2014, avec un système « semaine » en aller-retour constant entre la planification « terrain » et la planification « du développement physique », évalué par un suivi HRV et des mesures d’impédance régulières nous permettant de réguler semaines fortes, faibles et semaines de repos.

Un système, plus structuré que celui auquel j’avais pensé au départ !

Nous avons développé : Force max (notamment sur le bas du corps), climbing crossfit, gainage sur les transmissions de force à la marche et au piolet, hypoxie spécifique en chambre (altitude simulé de 5 000 m), PMA en normoxie, séance de RSH en haute altitude (sup. 3 000 m), adaptation à l’altitude en situation réelle et séance « spécifique ».
Nous avons pu bénéficier des conseils précieux de Grégoire Millet, Pierre et Sarah Jaubert et le travail en connexion permanente avec Karine et Sébastien.

L’humain est resté en permanence au centre du processus et le voyage est passionnant…

++++

carnet de bord

La fin du protocole… :

Vendredi 2 octobre 2015

Annapurna 2015
Annapurna 2015

Depuis notre tentative dans la face sud, la météo reste désespérément au beau temps. Les températures trop élevées et les prévisions annoncées pour les dix prochains jours ne laissent pas espérer la moindre amélioration des conditions trop sèches de la montagne.
Nos regards explorent régulièrement cette face pour laquelle nous nous sommes préparés spécifiquement depuis plus d’un an. Nous sommes maintenant le 1er octobre et il faut bien se rendre à l’évidence, il est temps de prendre une décision.

Il est 17 heures, sous la tente mess, l’ambiance est pesante.

Le protocole d’entraînement à la haute altitude nous a déjà apporté de nombreux enseignements et les risques à prendre pour atteindre l’objectif final sont trop conséquents.


Nous n’irons pas au sommet de l’Annapurna cette année !

Nous savons que la montagne dicte ses règles, mais la déception est grande, à la hauteur de l’investissement consenti. La décision est prise et nous commencerons à démonter le camp demain.

Nous organisons notre logistique pour un retour en France le 10 octobre.

Les membres de l’expédition.

++++

Première tentative :

Au camp de base tout le monde est tendu.

Cela fait maintenant quatre jours que nous voyons la face s’assécher. Les belles goulottes de glace ont cédé la place aux murs de pierraille instable.
Finalement, le créneau étant là, nous décidons de monter au camp de base avancé. Aux vues des températures, nous optons pour un départ très matinal. A une heure nous quittons le camp avec 5 bivouacs sur le dos. Malgré le poids des sacs nous atteignons la rimaye sans trop de difficulté grâce à notre précédent repérage. Au pied du mur quelques sifflements de pierre font encore monter la pression d’un cran. Nous hésitons… Nous sommes dans l’expectative.

Avec la fonte, la rimaye est très impressionnante.

Heureusement Max grimpe ce passage très raide qui nous donne accès à la face.
La suite est plus classique : pentes de neige et goulottes mixtes se succèdent. C’est avec le soleil que nous atteignons notre emplacement de bivouac que nous surnommerons le « bunker » ! Notre première déception apparaît lorsque nous regardons notre altimètre : l’altitude n’est que de 5800 m. Nous pensions être à 6100 m et la prochaine zone abritée se trouve à 7000 m…
La seconde vient une trentaine de minutes plus tard : des chutes de pierres continues qui passent juste à côté de nos tentes. Difficile de dormir quand toutes les 10 minutes on entend un sifflement près de notre lit !
Finalement, vers 16 heures, le calme revient. Notre décision est prise, compte tenu du poids de notre sac, de la durée effective de regel nocturne et de notre degré d’acclimatation, il nous paraît rationnel de ne pas tenter l’ascension des 1200 m de dénivelé qui nous séparent du prochain « abri ».

Se trouver piégé par le soleil en pleine pente n’est pas acceptable.

Par conséquent nous optons pour une descente en rappel et, vers 20H30, nous rejoignons notre camp, bien content d’être tous à l’abri. Cette tentative nous aura quand même permis de prendre toute la dimension de la face.
Paradoxalement, nous attendons de la neige et du froid pour une prochaine tentative…

Caporal-chef Sébastien Ratel.

Le 30 septembre 2015.

++++

Un accès galère :

Annapurna 2015
Annapurna 2015

Jeudi 17 septembre 9h00, la cérémonie du Puja se termine, Tendi a choisi cette date favorable dans le calendrier bouddhiste. Cet événement marque en général l’entrée de plein pied dans l’expédition. Quelques soient ses convictions chacun participe à sa façon et, après ces instants solennels, le sourire est sur tous les visages.

Cependant, la reconnaissance des derniers jours pour trouver l’accès au camp de base avancé laisse un souvenir amer dans l’esprit d’Antoine Bletton :
« Mardi 15 Septembre. Il est 11h00, nous sommes à 4 500 m d’altitude, en plein brouillard, légèrement perdus sur le glacier qui doit nous mener au camp de base avancé »

«Nous sommes arrivés la veille au camp de base de l’Annapurna, et ne voulant pas perdre la moindre minute, nous décidons dès le premier matin d’effectuer une reconnaissance.
Après trois heures de « montagnes russes » dans une belle moraine, nous voilà au pied d’un glacier qui semble donner un accès à la pente herbeuse terminale menant au camp de base avancé.
Les informations que nous possédons sur l’itinéraire laissent sous-entendre que « quelques marches et un brin de corde » permettent le passage des porteurs. Nous sommes donc partis léger : 2 piolets de marche, 2 paires de crampons, 1 baudrier, 2 broches, 1 microtraxion… pour 4.
Nous nous retrouvons vite dans des lames glaciaires et notre technique de progression ne serait certainement pas validée par l’ENSA! Le brouillard qui nous entoure a un côté positif. Certes nous sommes perdus, mais au moins nous ne voyons pas les tours de glace et les séracs qui nous surplombent !
Nous sommes tellement motivés et orientés vers notre objectif que nous avons du mal à renoncer : « La pente herbeuse n’est pas loin », « Nous avons vu un vieux bout de corde fixe, c’est sûrement par là… »
Cependant, en prenant un peu de recul, nous nous rendons compte que notre chemin n’est pas le bon. Trop raide, trop dangereux… Nous redescendons en rappel nos lames de glace puis à pied par la moraine.
Pas mal de scénarios se bousculent dans nos têtes. Le glacier a-t-il tant bougé en deux ans au point d’être aujourd’hui impraticable ? Existe-t’il un autre accès que nous n’aurions pas vu ?
Sur le chemin du retour nous décidons d’aller explorer un autre itinéraire. En rive droite du glacier, une banquette herbeuse nous mène jusqu’à 4 500 m, la même altitude que ce matin mais par un accès sans gros dangers. Il reste à traverser le glacier pour atteindre cette fameuse pente herbeuse, mais ce sera pour une prochaine fois…avec une meilleure visibilité… A suivre.
».

Malgré tout, à l’issue de la cérémonie c’est une équipe de quinze personnes qui prépare avec ardeur la journée du lendemain.

Nous avons décidé d’allier tous nos efforts pour trouver ce passage.

Sébastien Moatti et moi-même aménageons un accès plus direct à la moraine. Nos années passées à la direction des stages de l’École militaire de haute montagne (EMHM) nous servent : aménager le terrain pour permettre le franchissement par une troupe lourdement chargée et éventuellement de nuit, fait partie des enseignements délivrés par l’EMHM. Ici, la troupe lourdement chargée se résume à trois porteurs… mais l’essentiel est là, le passage est ouvert, l’élan vers le camp de base avancé est donné pour le lendemain.
Vendredi 18, 10h00, nous nous retrouvons au camp de base des Japonais, partagés entre satisfaction et inquiétude. D’une part, le premier temps de la manœuvre est réalisé avec succès, puisque le but était de faire un portage jusqu’à ce point en utilisant un cheminement à l’abri des dangers objectifs.
D’autre part, l’objectif final reste l’accès au fameux camp de base avancé (CBA). Pendant que l’équipe « logistique » se félicite au camp des Japonais, l’équipe « reconnaissance » revient du glacier quelque peu dépitée.
Max Bonniot raconte :« Nous partons avec Pierre Sancier pour repérer la traversée du glacier, en choisissant de progresser à niveau depuis le camp de base japonais. L’entrée dans le dédale, rive droite, est peu engageante. Pressant le pas, nous parvenons à sinuer entre les tours, puis rapidement nous atteignons une partie peu exposée où la progression s’avère assez aisée. Prendre pied rive gauche ne peut se faire dans cette zone qu’en acceptant de passer sous un sérac menaçant, en cheminant dans un amoncellement de blocs fraîchement détachés. Une cordée rapide et déterminée à accepter cet aléa pourrait traverser en quelques minutes. Notre problématique est toute autre, il nous faut réaliser plusieurs portages de lourdes charges. Le chemin doit être exempt de risques objectifs majeurs. Le moral en berne, nous faisons demi-tour, rejoignant les autres au camp de base japonais. Deuxième tentative, deuxième échec… ».

Du point de situation fait à l’issue de cette reconnaissance, la décision de tenter le passage vers le haut du glacier est prise.

Quelques heures après, la bonne nouvelle est annoncée à la radio : « C’est bon, ça passe… ».

Sébastien Moatti revient sur l’action qui a précédé cette annonce :
« La mine déconfite de Max au retour de sa reconnaissance achève notre résidu d’enthousiasme. Il reste une hypothétique possibilité. Un plateau semble se dessiner en amont entre deux barres de séracs. De loin, l’endroit paraît chaotique et le glacier est bien plus large que lors de nos deux précédentes tentatives. C’est par là que sont passés les Japonais, c’était il y a 34 ans. Autant dire que le paysage n’est plus tout à fait le même, mais avons-nous le choix ? Nous partons à 3 avec Tonio et Séb R. Le sac est léger, il ne servirait à rien de monter du matériel si cette option conduisait à une impasse. Le début est assez confortable et nous cheminons astucieusement pour gagner les 300 premiers mètres. Pas très loin, des immeubles de glace se forment et s’effondrent en permanence. La mobilité des glaciers prend soudain un sens tout à fait concret et l’appréhension grandie à mesure que nous approchons de l’endroit où nous allons devoir y prendre pied. Sur notre droite, des formes de glace sableuses semblables à celles qui nous ont repoussées n’augurent rien de bon. Le brouillard quotidien de fin de matinée devance notre progression. La visibilité se réduit et une légère bruine s’invite à ce sinistre tableau. Pourtant nous avançons, aucun obstacle significatif ne se présente. Finalement, l’instant redouté n’est pas si redoutable, nous sommes crampons aux pieds sur un terrain plutôt facile. A gauche, un sérac déverse régulièrement de belles quantités de glace mais ses débris viennent mourir à bonne distance. Un cheminement rassurant se présente sur la centaine de mètres que constitue notre horizon. L’espoir naissant se confronte à l’appréhension de ce qui va suivre. Alors que nous nous supposons à mi-chemin, quelques crevasses sans fond nous font envisager une nouvelle zone pénible. Pourtant, le terrain redevient fréquentable. Au loin un relief régulier perce la brume et nous convenons qu’il s’agit de la pente d’herbe que nous cherchons à rejoindre depuis quatre jours. A nos pieds, une courte pente de glace se termine sur une paisible moraine. Le glacier est maintenant derrière nous ».

Au soir du 18, six alpinistes dormiront au camp de base avancé.

Le reste de l’équipe est rentrée dormir au camp de base. Pour tous, après ces jours chargés d’émotions diverses, c’est l’apaisement et la satisfaction d’une journée bien remplie. Demain sera un autre jour…
En effet, le lendemain sera un autre jour, puisqu’au programme il y aura une reconnaissance du glacier jusqu’à la rimaye de la face Sud et le portage des charges entre le camp des Japonais et le CBA.

Sébastien Ratel a vécu cette « journée du lendemain », de l’intérieur et nous livre son récit :
« C’est sous la pluie que nous sommes tous réunis au camp de base avancé ce 18 Septembre. Après plusieurs litres de thé avalés, le bruit des gouttes s’estompe. Max sort le bout de son nez de la tente et aperçois LA FACE. C’est magnifique et impressionnant ! Nous n’avons jamais été aussi près du mur… Demain il faudra repérer le glacier jusqu’à la rimaye et amener nos dernières charges au camp. Il se joue alors un “ pierre/feuille/ciseau décisif ”. Finalement Seb Moatti, Didier Jourdain et Cyril Duchêne feront les porteurs pendant que j’irai avec Max Bonniot et Antoine Bletton jusqu’à l’attaque.
Après un petit déjeuner sous un beau lever de soleil, nous partons avec nos fanions sur le sac. Le cheminement est moins complexe que nous le pensions, mais malgré la légèreté de nos sacs il reste très physique. Nous plantons notre dernier fanion à quelques centaines de mètres de l’attaque. L’itinéraire est ainsi balisé et nous pourrons l’emprunter de nuit. D’ici, la paroi a encore une autre allure, les moindres petits reliefs prennent une toute autre dimension. La liaison radio avec l’équipe de portage nous apprend que toutes nos affaires sont au camp avancé : “ YES !!! ” Tout est prêt pour grimper… .
».

Commandant Jean-Yves Igonenc.
Chef d’expédition.
Camp de base de l’Annapurna.

Le 21 septembre 2015.

++++

Les secrets d’une bonne acclimatation :

Mardi 15 septembre
Protégée de la mousson par la barrière himalayenne ; entourée de sommets dépassant les 6000 mètres d’altitude Lo Manthang, capitale du Haut-Mustang, a été retenue par le GMHM comme lieu prédestiné pour sa première phase d’acclimatation avant d’aller se frotter au géant voisin l’Annapurna.

Certes, en tant que chef d’expédition, l’objectif principal était une acclimatation efficace, objectif rempli et relaté par Max Bonniot et Antoine Bletton dans les articles précédents. Cependant je ne peux m’empêcher d’écrire quelques lignes sur Lo Manthang tant je pense que cet environnement a contribué à la réussite de cette première phase.

Depuis peu le XXIème siècle est entré dans ce royaume protégé par ses montagnes et longtemps interdit par le gouvernement népalais.
Les poteaux électriques rivalisent de verticalité avec les mâts des drapeaux à prières. Les motos chinoises sont aussi colorées que les tapis de selle des chevaux. Les moines pianotent sur leur smartphone entre deux prières ou deux accords de cymbales. Les tracteurs indiens rapportent dans leur remorque des pierres pour la construction des maisons qui poussent en dehors des murs de la ville. Les femmes du village suivent les troupeaux et rapportent dans leur hotte les bouses des vaches. Séchées, elles serviront à la cuisson.
Ce qui n’a pas changé, ce sont les habitudes des anciens. Ils se regroupent chaque jour devant la porte principale de la ville, bougent avec le soleil et tournent leur moulin à prières.

Ce qui n’a pas changé non plus, c’est l’incroyable beauté des paysages où trois couleurs dominent, le rouge, le blanc et le gris. Les pigments minéraux des montagnes sont utilisés sur les maisons comme peintures contre les esprits perturbateurs. Assurément notre lodge venait d’être repeint. Nous sommes le 10 septembre, à la veille des moissons, blé, orge et sarrasin complètent ce spectacle coloré.
Devant cette richesse de nuances et de lumières, l’oeil du photographe est en suractivité, partagé entre le format panoramique pour tout saisir et le téléobjectif pour débusquer le détail. Et la nuit me direz-vous ? Sans pollution atmosphérique ou lumineuse le spectacle des étoiles est au rendez-vous.

Je finirais ce coup de projecteur par décrire un fonctionnement propre à Lo Manthang et, jusqu’à preuve du contraire, unique au Népal. Pendant la belle saison, à 7 heures précises tous les matins, chaque propriétaire de vaches conduit son bétail à l’entrée du village où se forme un troupeau de 250 têtes. Puis, deux bergers le prennent en charge et s’occupent de la gestion des pâturages. Gare aux retardataires puisque immédiatement derrière les vaches suivent les troupeaux de chèvres. A 17 heures, le flux s’inverse. Cependant les propriétaires ne sont pas tous au rendez-vous, retenus par d’autres tâches, le spectacle se déplace alors dans les ruelles étroites de la ville. Dans ce véritable labyrinthe, les vaches cherchent la porte de leur étable avec plus ou moins de réussite. Mais rien à voir avec les vachettes de Pampelune, il n’y a pas d’agressivité à Lo Manthang. Même les chiens n’aboient pas…
Quand je vous disais que ce royaume du Haut-Mustang était propice à une bonne acclimatation.

Commandant Jean-Yves Igonenc

++++

Ouverture d’une voie à 6325m :

Vendredi 11 septembre
Le corps humain n’est pas fait pour vivre au pays de l’oxygène rare. Si l’on pose directement un alpiniste à 8000 m, il risque de mal s’en sortir assez rapidement.
Mais en prenant son temps, en montant progressivement, l’alpiniste en question met plus de chance de son côté. C’est le principe de l’acclimatation. Un principe désespérant de simplicité :
Vous vous sentez bien à cette altitude ? Allez donc vous rendre un peu mal 400 m plus haut. Le lendemain matin, vous vous sentez un peu mieux ? Allez donc vous rendre un peu plus mal 400 m plus haut… et ainsi de suite !
L’alpiniste flirt avec le mal aigu des montagnes (MAM). Il tangente avec les maux de têtes, l’anorexie d’altitude et les vomissements… Le tout en se régalant pendant une semaine de purées sans sel, de soupes lyophilisées et de mueslis à l’eau. Ça vous fait rêver ?
Quand personne de l’équipe n’est malade, que le ciel affiche un bleu fixe pendant 7 jours, que la vue sur les géants himalayens (Manaslu, Annapurna, Dhaulagiri) est chaque jour plus majestueuse ; et que l’acclimatation se solde par l’ouverture d’une jolie voie facile sur un sommet vierge de 6325 m… La réponse est oui, définitivement oui.
Par des alpages et des collines nous gagnons de l’altitude. 4600m, 4700m, 4810m… A 4850m nous décidons de poser notre bivouac sur la rive droite de la rivière « Chhungma Khola ». C’est bien suffisant pour la première journée. Les premiers signes de maux de têtes ne sont pas très loin. La nuit est bonne pour l’ensemble de l’équipe et nous repartons le lendemain à 10h. Nous suivons la rive droite de la Chhungma Khola à travers une moraine délicate et gagnons progressivement du terrain. Vers 12h30 nous trouvons un emplacement de bivouac bien confortable, cette fois en rive gauche de la rivière. 5300m. Nous avons progressé de 400m, contrat rempli. Les attentes sont parfois longues durant ces phases d’acclimatation. L’activité physique est à déconseiller pour permettre au corps de s’adapter à ces altitudes chaque jour un peu plus élevées. Lecture, jeux de cartes, mots croisés ou simplement discussions, nous occupent jusqu’au prochain rendez-vous : le repas du soir. Le menu est le même pour la semaine: une soupe lyophilisée, une purée accompagnée de protéines végétales, une tisane, un carré de chocolat noir… et bonsoir ! La nuit tombe aux environs de 19h et nous restons dans les tentes jusqu’au lendemain 7h.
Mercredi 2 septembre. Ces nouvelles altitudes commencent à faire un peu mal au crâne de Cyril. Associé à une mauvaise nuit, le test de l’oxymètre est formel. Il doit rester à cette altitude pour une journée et une nuit de plus. Pas question de gagner 400m, sous peine de tomber vraiment malade et de devoir redescendre jusqu’à Lo Manthang.


Cyril nous raconte ses premières expériences avec la haute altitude et les expés :
« Tout ceci se passe dans des endroits inconnus pour moi, dans des régions étranges où nous nous promenons en basket jusqu’à des altitudes supérieur au plus haut sommet des alpes. Je pars ainsi avec mes compagnons, gros sac sur le dos, marcher jusqu’à 4900m à travers les pâturages du Haut Mustang pour un premier bivouac. Les nuit sont et vont être longues, 19 h le soleil est déjà parti, nous nous réfugions donc sous les tentes, bien étroites.
Le lendemain matin c’est reparti pour gagner 400 m de plus et arriver à 5300 m pour notre deuxième nuit, nous utilisons la méthode dite de l’escargot. Les sacs sont lourds et la progression n’est pas très agréable dans un dédale de rochers. Les premiers maux de tête apparaissent, la respiration est plus difficile et le cœur accélère mais l’homme ne va pas plus vite.
La deuxième nuit comme les quatre prochaines ne s’annoncent pas bien reposante pour l’organisme, on tourne et on se retourne dans son duvet, la tête dans un étau. Celle-ci fut tellement mauvaise que nous restons à cette altitude pour y passer une deuxième nuit. Les parties de carte et une petite balade à 5600 m occupe la journée avant cette troisième nuit.
»
Pour les 2 Sébastien, Antoine et Max, la progression de l’escargot continue. Nous grimpons de raides moraines aux blocs plus ou moins instables pour gagner un plateau à l’altitude 5900m. C’est un peu haut, mais il s’agit du seul emplacement « confortable » de bivouac que nous avons trouvé pour passer une nuit correcte. Au lendemain matin, les esprits sont un peu hypoxiques. Une grande pente d’éboulis puis une belle arête de granite nous porte jusqu’à un replat neigeux à 6150m. Nous apercevons le sommet. Un coup d’œil sur la carte nous montre qu’il culmine à 6325m et qu’il n’a pas de nom… Ce sera pour demain, si la nuit n’est pas trop mauvaise. Nous joignons la deuxième équipe (Pierre, Didier et Cyril) par téléphone satellite. Ils ont rejoint notre bivouac de la veille (5900m) et nous sommes heureux d’apprendre qu’ils vont tous bien.

Vendredi 4 septembre. La vue est toujours superbe au réveil. Les maux de têtes et la nuit pénible semblent secondaires. Nous nous préparons lentement et difficilement pour un « push » vers le sommet. Une surprise nous attend : Pierre nous rejoint. Il a 31 ans aujourd’hui et semble bien motivé pour s’offrir son premier 6000m. L’arête alterne entre superbe granite et éboulis verticaux. Une courte pente de neige/glace à 40°, un dernier ressaut rocheux et nous voilà tous les 5 au sommet avec le sourire. 6325m. La vue est encore plus belle avec d’un côté les plateaux tibétains et de l’autre les géants himalayens. Nous décidons de repasser une nuit à 6150m pour optimiser l’acclimatation. Le lendemain matin, Pierre Didier et Cyril rejoignent le sommet. Leurs sourires nous font du bien.
Nous décidons de nommer le sommet « Chhungma Himal » et proposons pour cette nouvelle voie : « L’arête de la Duchesse » (400m – PD).
La région du Mustang s’est révélée être un excellent choix pour l’acclimatation : Un superbe créneau météo avec 7 jours de grand beau, une vue majestueuse, 6 nuits au-dessus de 4850m et un sommet vierge de 6325m…

Caporal Antoine Bletton.

++++

Transition entre le monde alpin et l’immensité himalayenne :

Mercredi 9 septembre.
« L’Himalaya commence là où les Alpes se terminent» dit-on. Chacun sait que le problème majeur lors d’une expédition en Haute Altitude réside dans la lente et progressive acclimatation des organismes. Ce temps passé à attendre, plus ou moins patiemment, la création de nos précieux globules rouges supplémentaires, implique nombre de désagréments notoires. Il faut tout d’abord sacrifier au moins une semaine de son expédition pour résorber le mal de tête carabiné qui vous étreint à 5000 m, soit l’altitude classique du camp de base d’un 8000. Cette attente, outre le fait qu’elle puisse être douloureuse, implique également un désentraînement qui s’ajoute au temps de voyage depuis la France.

Forts de ces constats maintes fois éprouvés, nous avons cette année décidé d’anticiper et d’effectuer une pré-acclimatation dans les Alpes.

Par séjours successifs à 3600m, au refuge des Cosmiques, nous avons pu nous habituer à l’altitude tout en gardant un entraînement physique plus ou moins ludique. Des belles fissures de granit aux sordides séances de Sprints Répétés en Hypoxie (RSH), nous avons éprouvé l’altitude tout en gardant des niveaux d’intensité élevés. Une préparation efficace pour rentrer dans l’expédition de manière plus linéaire et progressive. La période d’inactivité classiquement observée pour la première arrivée à 4500m-5000m peut ainsi être compensée par un maintien des intensités à travers différents rappels de force. On garde notre entraînement tout en accédant plus rapidement aux portes de la Haute Altitude.
Cette démarche permet d’attaquer l’objectif plus sereinement, avec plus de confiance. Le fameux « Connais-toi toi-même » de Socrate prend ici tout son sens. Parce que nous connaissons notre fonctionnement, parce que nous travaillons à l’appréhender au mieux, nous optimisons notre montée en altitude.
De l’aéroport de Jomoson (alt.2720 m) , où nous nous sommes posés le  26 aout après un court vol depuis Pokhara, nous empruntons des véhicules 4X4 pour rejoindre la capitale du Haut-Mustang.
Dès le lendemain, au village de LoManthang, à 3800 m d’altitude, nous pouvons nous lancer dans l’acclimatation et monter en une semaine à 6300 m. Passer deux nuits à 6200 m, comme nous avons eu la chance de pouvoir le faire cette année, améliore considérablement notre rendement. En effet, il nous avait fallu l’année passée autant de temps pour se hisser péniblement à 5300 m. La fameuse transition entre le monde alpin et l’immensité himalayenne est donc abordée avec plus de continuité. C’est également avec plus de fraîcheur et plus de confiance que nous rentrons dans le cœur du sujet. Plus de confiance en nous, mais aussi plus de confiance dans le travail mis en place au GMHM depuis plus d’un an.

Chasseur Max Bonniot, Pokhara

++++

Poursuite de l’acclimatation :

Annapurna 2015
Annapurna 2015

Lundi 31 aout 2015
Arrivé à Lo Manthang capitale du Mustang le jeudi 27/08 après deux jours de 4X4, le GMHM s’est approprié les lieux propices à une bonne acclimatation. En effet, situé à 3810m, ce village permet un accès rapide à la haute altitude.
Les trois premiers jours ont été réalisés en étoile à partir du lodge avec de la marche jusqu’à 4600m, du RSH (repeated-sprint-training in hypoxia) et du renforcement musculaire.
Cette première phase s’est ponctuée par un bivouac à 4500m la nuit dernière.

Il est temps à présent de basculer dans la deuxième phase de l’acclimatation en partant pour un trek de 7 jours dans la région du Manshail Himal (voir carte).
Le départ est prévu ce lundi à 9h00 avec pour objectif de passer une nuit à plus de 6000m en fin de trek.
Commandant Jean-Yves Igonenc.

++++

Départ de Katmandou :

Mardi 25 août.
Dans quelques heures, nous décollerons pour Pokhara, première étape d’un trajet qui doit nous conduire à Lo Manthang, capitale du Mustang et point central de notre acclimatation.

Cette attente me permet de revenir sur les derniers jours. Depuis notre arrivée à Katmandou, après un survol de la ville en avion qui nous a laissé circonspect. En effet, nous nous attendions à découvrir une ville en pleine reconstruction et nous découvrons une ville en pleine activité.
Dans le quartier de Thamel où nous résidons, seuls quelques immeubles anciens – le plus souvent construits en brique, sont écroulés ou fragilisés et dans ce cas étayés.

Le rendez-vous, obligatoire pour toute demande de permis d’ascension, au ministère du tourisme a élargi notre vision. Ce jour-là, cinq permis d’ascension allaient être délivrés et les nôtres en font partie. Des japonais seront aussi sur l’Annapurna, mais sur l’autre versant. Il aura fallu plusieurs semaines au gouvernement du Népal pour établir un état des lieux praticables pour le trekking et les ascensions. La région du Mustang et des Annapurnas où nous allons passer nos prochaines semaines a été très peu affectée par le tremblement de terre et de nombreux itinéraires sont praticables. Malheureusement, la région du Langtang où Antoine a vécu le tremblement de terre en direct est impraticable. Tout comme la route qui conduit à la Chine via le pont de l’amitié que nous avions parcourue pour rejoindre le Shishapangma lors de notre expédition précédente.

Aujourd’hui c’est plutôt la grève, déclenchée suite à la réorganisation des provinces par le gouvernement, qui paralyse Kathmandu. Lundi matin, une visite de circonstance à l’ambassade de France confirme ces informations et le message diffusé sur le site du ministère des affaires étrangères devrait évoluer dans le bon sens…

A bientôt depuis Pokhara.

++++